L’OFFRE D'ALLERGAN SUR TOBIRA RAPPELLE QUELQUES VERITES OUBLIEES PAR LE MARCHE

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J’ai suivi d’un regard amusé les réactions de la communauté financière devant la prime offerte par ALLERGAN pour acheter TOBIRA. 

Visiblement les commentateurs financiers et analystes tombaient des nues, certain avouaient qu’ils n’avaient jamais vu cela, d’autres essayaient d’expliquer tant bien que mal à leurs auditeurs ce, qu’apparemment, ils étaient incapable de comprendre eux même.

Et pourtant cette offre d’ALLERGAN proposant une prime de valorisation de 500% associé a quelques conditions qui pourrait porter la prime a 2000% ne fait que révéler le décalage complet qui existe entre la communauté purement financière conseillée par des analystes peu formés aux biotechs et le monde du médicament et des gros laboratoires sur cette nouvelle pathologie qui est la NASH.

Nous sommes devant un cas d’école, un bon investisseur ne place normalement son argent que sur ce qu’il comprend et pour tous les observateurs, dont je fais partie,  il est clair qu’a part quelques exceptions les investisseurs et analystes financiers ne comprennent rien à la NASH.

Imaginez vous, une maladie sortie d’un chapeau il y a quelques années dont on a jamais entendu parler auparavant,  dont on a jamais rencontré un malade ou un proche qui aurait été diagnostiqué, et dont votre médecin de famille ne connait même pas le nom .  

Pour un investisseur, ca ressemble plus un délire de PDG de bioTech qui veut vendre sa sauce qu’a un marché sérieux  sur lequel on peut investir.

Alors quand des laboratoires pharmaceutiques mettent sur la table des milliards de dollars pour acheter de petites biotechs ayant un seul candidat médicament dans une phase d’etude clinique peu avancée, avec même un échec clinique patent dans la NASH datant de seulement quelques semaines, on peut comprendre que  ces analystes et investisseurs soient déboussolés.

Ceux qui suivent de près ce qui ce passe dans ce que j’appelle la course à la NASH ne sont pas surpris. 

Il y a peu de temps, GILEAD achetait pour une somme globale d’1,2 milliard de $ (divisée entre un apport de 400 M$ et des payements d’étape de 800M$) le seul programme NASH de la société Nimbus Therapeuthics (on ne parle pas du rachat de la société elle même). Le programme venait de finir sa phase clinique 1 et n’avait pas entamé sa phase 2a. Elle était donc loin du marché et statistiquement ses chances de réussite se situaient entre  21% et 30%

Nimbus n’étant pas cotée, l’affaire à échappé aux financiers qui n’ont donc pas pu s’extasier devant ce qui aurait pu s’apparenter à  une prime  monstrueuse située largement au dessus de 500%

Le deal Allergan / Tobira s’inscrit dans la même veine mais la société étant cotée la prime offerte fait bondir le petit monde de la finance, pas moi !

 Je trouve que le deal n’est pas surprenant et même un peu faible.

Tobira n’était pas dans une bonne position pour négocier, elle venait de finir une Phase 2b ou elle avait totalement raté le volet NASH métabolique et avait eu seulement des résultats encourageants sur le second volet concernant la fibrose. Lors de l’annonce des résultats elle avait perdu 60% de sa valeur suite à une grosse sortie des investisseurs qui, comme je l’ai déjà évoqué, ne maitrisent absolument pas les spécificités des études cliniques dans la NASH. 

Elle avait annoncé prévoir de lancer malgré tout une phase 3 dans la fibrose et avait fait un deal de 80 M$ avec le coréen Dong A ST pour récupérer les droits d’un antidiabétique,  l’ evogliptin, pour essayer de proposer un combo evogliptin/ cenicriviroc en phase 3  dans la NASH. En échange elle avait cédé ses droits de licence pour le Cenicriviroc en Corée. 

Tobira était de toute évidence incapable de financer sa phase 3 seule, et l’appel au marché, qui n’avait noté que l’échec de la phase 2b, semblait impossible.

Le deal était donc obligatoire et logique, ce qui m’avait amené à attirer l’attention des lecteurs de ce site sur cette petite biotech en particulier comme cible potentielle. J’imaginais que GILEAD se positionnerait si les résultats de son antibfibrotique, le simtuzumab étaient décevants.  Mais ALLERGAN a pris les devants.

Tobira sortait donc juste d’un échec dans la NASH, n’avait pas de cash pour lancer une phase 3 et se trouvait donc dans une situation difficile. Pas facile de négocier dans ces conditions, ce qui explique l’offre modérée d’ALLERGAN.

En effet si l’on compare le deal de GILEAD pour une molécule en Phase 1 avec des probabilités de réussite entre  21% et 30% celui proposé par ALLERGAN pour une Phase 2b avec des probabilités de réussite entre entre 40 et 60% et des résultats probants sur la Fibrose. On s’aperçoit que ce n’est pas un deal mirobolant.

Bien sur, les financiers me rétorqueront qu’une prime de 500%  c’est mirobolant mais il est clair qu’ils sont à des lieux de comprendre la vraie valeur des quelques molécules actives sur la NASH. 

On ne peut pas parler de prime, la valeur de Tobira après sa chute de 60% était ridicule (80 M$), Tobira n’était pas dans de bonnes conditions pour négocier et pourtant ALLERGAN pose 1,7 milliards de $ sur la table. Un bon investisseur ne place normalement son argent que sur ce qu’il comprend et ALLERGAN comprend très bien ou il met son argent. 

Les laboratoires, contrairement à la majorité des analystes financiers, sont bien équipés pour analyser les marchés à venir. Ils savent ce qu’est une maladie portée par l’épidémie de mal bouffe et d’obésité, ils en voient déjà les conséquences dans les hôpitaux à travers leurs correspondants et ils savent que l’épidémie silencieuse n’en est qu’a ses débuts.

Dans ce contexte d’une pandémie annoncée ou aucun médicament n’est approuvé à ce jour pour la traiter,  la moindre molécule ayant un tant soi peu un effet sur la maladie vaut une fortune et il le savent bien.

Sur ce point ils ont une longueur d’avance sur les financiers qui se cantonnent à ce qu’ils connaissent, et ils ne connaissent pas la NASH. 

Un simple graphe montrant la croissance exponentielle des études lancées dans le monde pour étudier et soigner la NASH mets en exergue ce décalage entre le monde médical en effervescence devant cette pandémie silencieuse et les valorisations des biotechs sur ce marché qui suivent une pente inverse depuis deux ans. 



Intercept pharmaceutical est  valorisée 4 milliards de $ apres avoir frolé 10 milliards il y a 2 ans. 

Que dire alors de la valorisation de sociétés comme GENFIT (800 M$) ayant un candidat médicament en Phase 3 (68% de probabilité de succès) ayant été  à ce jour la seule à démontrer des résultats cliniques positifs sur les critères exigés par les agences pour une mise sur le marché, n’ayant concédé aucun droit sur sa molécule et ayant de grande chances d’avoir le premier médicament approuvé sur ce marché gigantesque ? 

 

Les financiers et analystes vont, soit devoir revoir leur copie sur l’évaluation des quelques biotechs les plus avancées dans la NASH, soit se retrouver sur les plateaux de télé à s’esbaudir devant les deals à venir, qu’ils n’auront encore une fois pas vu venir !

 

 

G Divry

Pour compléter cet article je vous invite à lire les articles suivants :

 

NASH ! STRATEGIES DE TRAITEMENT ET COMPETITION (La NASH pour les nuls)

 

CERTAINS INVESTISSEURS DOUTENT MAIS LE TRAITEMENT DE LA NASH RESTE UN MARCHE VIERGE COLOSSAL 

 

STATUS REPORT ON NASH (August 2016)

 

 




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