LES STRATEGIES POSSIBLES D'INTERCEPT

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Commençons par le plus médiatique des laboratoires dans la NASH , INTERCEPT Pharmaceutical.

 

L’objet de ce document n’est pas de refaire l’historique de ce laboratoire dans la NASH que vous pourrez trouver ICI mais bien d’imaginer les options stratégiques qui s’offrent à lui.

 

Scientifiquement parlant, INTERCEPT n’est pas au mieux de sa forme, élevé initialement au rang de blockbuster potentiel quand son annonce initiale de succès  de phase 2b dans la NASH avait fait multiplier par 6 sa valorisation en quelques jours, l’ensemble des informations scientifiques publiées depuis ont progressivement relativisé le succès annoncé dans la NASH puis, à la publication des résultats de la phase 2b au japon, ont  apporté un sérieux doute sur l’avenir de l’OCA dans la NASH.

Simultanément et avec un calendrier plus avancé, l’indication initiale de l’OCA dans la PBC a finalisé sa phase 3 et la demande d’AMM est dans les mains de la FDA qui a repoussé sa décision prévue initialement en décembre 2015 à mai 2016 pour pouvoir mener de plus complètes investigations.

Si l’OCA obtenait une autorisation de mise sur le marché dans la PBC en 2016, marché qui n’est pas vierge de traitement, le volume des ventes potentiel resterait limité et je l’évalue à un maximum de 60 000 patients dans les pays industrialisés pour un chiffre d’affaire de 300 M$ a 600 M$.

Dans la NASH la mise sur le marché potentielle reste très aléatoire à mes yeux. La phase 3 lancée comporte deux Endpoints sur la réversion de la Nash et la réduction de la fibrose qui n’ont pas vraiment été atteints par l’OCA dans les études cliniques précédentes. Par ailleurs les problèmes de sécurité et d’effets secondaires du produit restent un handicap majeur pour un traitement chronique.

Toutefois une autorisation en co-traitement avec des statines est peut-être envisageable et semble la stratégie médicale poussée par Intercept à ce jour. Si cette mise sur le marché reste donc possible, les contraintes liées à ces effets secondaires devraient limiter son marché a un pic de ventes de l’ordre de 5 milliards de $ annuels sur une marché estimé globalement à 35 milliards de $.

Coté financier,  sa trésorerie était de 700 M$ fin septembre 2015 étant donné ses dépenses prévisionnelles j’estime son trésor de guerre a 620 M$ début février 2016.

On pourrait donc croire INTERCEPT à l’abri de soucis financiers pour un moment, mais ce serait sans tenir compte des dépenses annuelles impressionnantes de cette société.

INTERCEPT à prevu 240 M$ de dépenses en 2015 alors que la Phase 3 n’était pas encore vraiment lancée. On peut anticiper 450 M $ de dépenses en 2016 avec la Phase 3 NASH en plein démarrage et le lancement commercial mondial de la PBC qui nécessite une forte mise de fonds, INTERCEPT n’ayant pas de partenaires commerciaux sur cette pathologie. Les revenus de la PBC ne sauraient dépasser quelques dizaines de million de $ en 2016 à mon avis du fait de la présence sur le marché d’un médicament générique reconnu comme efficace depuis 20 ans.

Dans un futur idéal, INTERCEPT pourrait donc obtenir une AMM mi 2016 dans la PBC et une AMM provisoire en 2019 dans la NASH ce qui implique une mise sur le marché de la NASH fin 2019, début 2020. Il n’y aura donc pas de revenus liés a la NASH avant 2020 dans le meilleur des cas.

Si l’on extrapole donc les dépenses de la société, cette dernière doit pouvoir tenir jusqu'à l’automne 2017 en trésorerie. Or, même si les  revenus de la PNC en 2017 atteignaient les 200 M$ ce dont je doute fortement, la société brule bien plus de cash que cela.

Cela implique que pour faire la soudure avec 2020, et en tenant compte des revenus possibles de la PBC, il manque à INTERCEPT au minimum 500 M$.

Si il semblait facile d’obtenir sur le marché cette somme quand la valorisation de la société avoisinait les 7 milliards de $,  aujourd’hui, à moins de 3 milliards de $, avec les doutes scientifiques sur l’OCA, le report de l’autorisation dans la PBC et la conjoncture boursière mondiale, je doute qu’un appel au marché soit couronné de succès.

 

Quelles sont donc les options qui s’offrent à INTERCEPT aujourd’hui :

-       Espérer un rebond boursier qui booste sa valorisation et lui permette de faire appel au marché sans trop de dilution et continuer seuls.

-       Trouver un partenaire qui croie a une possible AMM et qui, en échange de droits commerciaux futures, prenne en charge une partie des frais de la phase 3 NASH tout en versant un ‘up front fee’  très conséquent de 300M$ à 500 M$.

-       Se faire racheter au meilleurs prix tant qu’il est temps pour transmettre la patate chaude à un gros laboratoire.

 

Examinons ces 3 solutions en détail :

 

INTERCEPT peut il espérer un rebond boursier qui booste sa valorisation et lui permette de faire appel au marché sans trop de dilution et continuer seuls ?

 

On peut espérer que le mouvement baissier des marchés finisse par se retourner courant 2016 mais il reste très hypothétique que INTERCEPT récupère une valorisation équivalente a celle de mi 2015.  Et même si cela arrive , cela n’implique pas que le la mariée semble aussi belle aux investisseurs que lors du dernier appel au marché de mars 2015 ou INTERCEPT avait réussi à lever 400 M$, 3 jours après la campagne médiatique lancée contre les résultats de GENFIT. 

A mon avis cela était la solution privilégiée jusqu alors par la direction mais maintenant je ne pense pas qu’ INTERCEPT puisse sérieusement compter sur ce scénario pour trouver 500 M$ sans une dilution très importante, ni même qu’ils trouvent des investisseurs.

 

 

INTERCEPT peut il espérer trouver un partenaire qui parie sur une possible AMM et qui, en échange de droits commerciaux futures, prenne en charge une partie des frais de la phase 3 NASH tout en versant un ‘up front fee’  très conséquent de 300M$ à 500 M$.

 

Il est à noter que, à ce jour, le partenariat principal de INTERCEPT avec SUMIMOTO a du plomb dans l’aile. INTERCEPT avait cédé à SUMITOMO les droits de commercialisation de l’OCA sur l’Asie en début de phase 2b pour un payement upfront de 15 M$ pouvant atteindre jusqu‘a 300 M$ en paiement d’étapes. L’échec cuisant de l’étude de phase 2b conduite par SUMITOMO à du, pour le moins, créer quelques frein à la continuation de ce partenariat.

La stratégie adoptée jusqu'à ce jour par INTERCEPT semblait d’évoluer vers une MID PHARMA couvrant les Etats unis et l’Europe et distribuant directement l’OCA sur les deux indications PBC et NASH et via SUMITOMO en Asie.

INTERCEPT a déjà commencé à mettre en place un réseau pour promouvoir l’OCA dans la PBC en Europe, pour moi, il est clair que la licence de distribution n’était pas la solution préférée de la direction . Toutefois devant l’impossibilité de trouver des fonds sur le marché pour continuer le développement seul, la stratégie pourrait évoluer vers un partenariat. Cela pourrait être la meilleure solution car ce dernier pourrait, avec des paiements d’étapes échelonnées, rassurer le partenaire sur la progressivité de son investissement  au regard des doutes justifiés sur l’avenir de la molécule dans la NASH.

 

 

INTERCEPT peut il espérer se faire racheter au meilleur prix tant qu’il est temps par un gros laboratoire ?

 

Tout est possible mais le rachat immédiat d’INTERCEPT à une forte valorisation sur la base des données scientifiques connues et dans le calendrier actuel me paraît difficile à imaginer. Un acquéreur prendrait au moins le temps d’attendre l’AMM dans la PBC qui devrait tomber en mai 2016.

La valorisation espérée par une Biotech ayant déjà atteint en bourse 10 milliards de $ risque de se heurter à  des acheteurs prudents demandant des garanties sur la sécurité et l’efficacité du futur médicament, garanties qu’INTERCEPT serait bien en mal de leur fournir avant mi 2018. Si une transaction devait s’opérer avant ; elle serait à mon avis plus proche de 5 milliards de $ que de 10 milliards de $. Il n’est pas sur que les actionnaires l’acceptent donc.

La liste des acquéreurs potentiels cités par la presse varie à chaque rumeurs, Merx, Shire, Gilead, AstraZenenka, etc … Tout est possible, j’ai de forts doute sur l’interet de GILEAD pour des raisons que nous verrons plus loin mais on peut toujours être surpris par une stratégie dont nous ne possédons pas toutes les données.

 

Selon moi, la stratégie la plus sure pour un partenaire et la plus vraisemblable pour INTERCEPT est la mise en place d’un partenariat de distribution ou de co-développement avec des paiements d’étapes, une vente surprise reste possible mais reste sujette à de nombreuses incertitudes.



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