LES STRATEGIES POSSIBLES DE GENFIT

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Poursuivons par le challenger en train de prendre le dessus, GENFIT !

 

Même si l’objectif affiché par GENFIT est le même que celui d’INTERCEPT, c’est à dire mettre son médicament sur le marché, la stratégie de GENFIT, du fait du profil différent de son candidat médicament devrait se singulariser.

Scientifiquement parlant, GENFIT  est sur un petit nuage, massacré par les analystes financiers à l’annonce de ses résultats de phase 2 b, GENFIT et son Elafibranor a toujours su conserver le soutien de la communauté scientifique et des Key Opinion. L’ensemble des informations scientifiques publiées depuis a progressivement renforcé les espoirs de voir ce médicament élevé au rang de blockbuster dans la NASH.

 

Toutefois depuis l’annonce de résultats, GENFIT souffre d’un déficit d’image chez les financiers et de ceux qui survolent les informations sans s’y attarder. Ce point est important car pour la grande majorité des médias US et même de sites internet très suivis la phase 2b de GENFIT reste un échec et la volonté de GENFIT de lancer sa phase 3 est regardée comme une lubie de ‘frenchies ‘ sans qu’ils n’y croient vraiment.

 

Cela est important car cela conditionne tout appel au marché et nécessite de la part de GENFIT de ramer à contre courant pour expliquer au monde financier qu’à contrario de leurs à priori, la Phase 2b est un succès reconnu par la communauté scientifique.

 

Sur ce sujet, je vais me permettre un petit aparté.

 

Contrairement au monde de la finance ou, sauf exception, les études cliniques sont lues de manière binaire, réussite ou échec, noir ou blanc. La lecture des résultats d’une étude clinique, particulièrement dans une discipline ou la géométrie d’une nouvelle pathologie est en cours de définition, est lue par la communauté scientifique comme un tableau complexe ni noir ni blanc mais comportant une multitude de détails qui font avancer la connaissance de la maladie.

 

Le fait d’avoir ou pas, atteint un seuil prédéfini sur un seul paramètre au début de l’étude, plusieurs années auparavant, n’est pas primordial, car ce seuil, ou ce paramètre n’est pas lu de la même façon au début de l’étude qu’à date de publication. La connaissance de la pathologie a évolué, il est donc logique que la lecture du tableau ait évolué aussi.

C’est pourquoi la lecture binaire du tableau sur la base d’un critère obsolète n’intéresse pas les spécialistes de la NASH, ce qu’ils veulent c’est l’ensemble du tableau dans toutes ses nuances pour pouvoir se prononcer selon leur propre jugement sur la base des connaissances du moment.

 

Nous sommes donc bien loin de l’analyse binaire d’ études cliniques publiées sur des pathologies bien connues et dont le traitement est calibré depuis de longues années et ou la question binaire est : le médicament étudié est il plus efficace ou pas que le traitement existant ?

 

Le problème est clairement le manque de culture de cet environnement mouvant qu’est la NASH par les analystes qui en sont restés à une analyse binaire des résultats de l’étude dans un domaine ou ce dernier n’est pas forcement représentatif des qualités du traitement.

 

 Pour en revenir au cas particulier de l’Elafibranor, la publication des résultats dans Gastroenterology  a du être un choc pour les sceptiques. Un article cosigné par 18 spécialistes mondiaux de la NASH qui conclut par la reconnaissance de l’efficacité de la molécule sur la maladie avec un excellent profil de sécurité et en prime des bénéfices collatéraux sur le diabète et les risques cardio-vasculaires. Que demander de mieux !

 

Ceci établi, il reste toutefois à adopter une stratégie subtile.

 

Contrairement à INTERCEPT dont l’intérêt évident est d’essayer de se  faire racheter alors que les laboratoires, par prudence devant les incertitudes persistantes sur l’efficacité et le profil de sécurité de l’OCA , ont tout intérêt à proposer un partenariat avec paiements d’étapes, GENFIT a tout intérêt à mettre en place un partenariat de co-développement alors que les laboratoires auraient tout a gagner à racheter la société dans son ensemble.

Il est toutefois difficile d’acheter une Biotech contre son gré car la présence au capital d’une grande partie des chercheurs, qui font une grande partie de la valeur de la société, complique la donne.

Même si la molécule brevetée concentre la plus grande partie de la valeur de la société, la connaissance détaillée des mécanismes de son action reste l’apanage des chercheurs qui ont mené toutes les études depuis des années. Il est donc très risqué pour un laboratoire de tenter une OPA hostile au risque de voir partir l’équipe scientifique qui porte le projet et de perdre quelques années de commercialisation, le temps de remonter une équipe connaissant bien le projet et pouvant le soutenir auprès des agences réglementaires. Toutefois, plus la molécule se rapproche de sa phase de commercialisation, plus un laboratoire pourrait penser que le risque vaut la chandelle.

GENFIT sait bien que si la société veut profiter de son avance (elle de grande chance a être la première a proposer un médicament sur le marché) il lui est impossible de commercialiser toute seule le médicament sur le marché nord américain. Cette commercialisation va nécessiter conjointement de faire la promotion de la méthode de diagnostic et du médicament auprès des prescripteurs, de faire un travail d’information sur la pathologie encore mal connue, de trouver des laboratoires pouvant licencier les tests bio marqueurs sur tout le territoire.

Seuls les grands laboratoires pharmaceutiques ont la force de frappe de faire cela à grande échelle et rapidement. Car la vitesse est un facteur clé, les molécules concurrentes ont seulement quelques années de retard et seront vite sur le marché, il faut donc occuper le terrain de manière massive dès l’AMM

De même je reste sceptique sur la capacité de GENFIT de monter seuls et rapidement un réseau de distribution à l’échelle européenne. La solution passe à mes yeux par un partenariat de co développement avec une major européenne disposant d’une force de frappe commerciale déjà installée.

Une stratégie aurait pu être de ne cibler initialement que les prescriptions hospitalières ce qui limite fortement les besoins du réseau commercial et permet de faire connaître rapidement le médicament aux équipes de spécialistes hospitaliers à peu de frais. Cette stratégie sera peut être celle de GENFIT les premiers mois, mais au vu des qualités de la molécule et son potentiel d’une cible élargie aux pré diabétiques présentant une stéatose établie, cible qui me semble évidente étant donné les multiples bénéfices que la molécule peut apporter à cette population, le médicament va devoir très rapidement sortir du microcosme hospitalo-universitaire pour voir sa prescription élargie aux spécialistes et généralistes de ville. Cela nécessitera une approche commerciale plus structurée et des réseaux bien implantés.

Tout cela nécessite une trésorerie importante que GENFIT n’a pas et va devoir rapidement trouver sans trop s’exposer.

La grosse faiblesse de la société reste une capitalisation boursière très faible au regard des enjeux et surtout des profits potentiels. Cette capitalisation maintenue artificiellement faible par le marché comme nous le verrons si dessous ne facilite pas un appel au marché pour se financer.

L’objectif principal de GENFIT est donc de poursuivre le développement du médicament, de trouver les fonds nécessaires pour l’amener sur le marché tout en gardant le contrôle de sa molécule.

C’est un travail d’équilibriste car la structure du marché boursier européen est historiquement frileuse dans le soutien des entreprises innovantes et ne dégageant pas encore de résultats. Le marché parisien mérite bien sa réputation de marché de retraités prudents.

Pourtant, GENFIT, jour après jour, renforce son leadership scientifique dans le traitement de la NASH  sans que sa valorisation ne reflète ces avancées, au contraire. Tout semble fait sur les marchés pour que la petite française garde une capitalisation ridicule au regard des profits envisageables. Une guerre économique semble en marche et GENFIT ne dispose pas des soutiens nécessaires pour y faire face. La société ne peut pas compter comme INTERCEPT sur le soutien d’analystes nationaux pour présenter et soutenir la société.

A contrario des analystes américains qui n’hésitent pas à travestir la vérité pour soutenir leur champion national, les analystes financiers français sont très peu à évaluer la société à sa juste valeur.

Certains mêmes, comme les analystes d’ODDO, par des notes bourrées d’allusions négatives et d’approximations volontaires (l’autre option que je n’ose imaginer pour ces approximations, serait l’incompétence) ont manifestement, pour des raisons qui leurs appartiennent, choisi d’enfoncer la valeur au profit de la société concurrente américano italienne, INTERCEPT.


Quelles sont donc les options qui s’offrent à GENFIT aujourd’hui :

  1. -        Espérer un rebond boursier qui booste sa valorisation et lui permette de faire appel au marché sans trop de dilution et continuer seuls jusqu’à la fin de la phase 3 et de négocier en position de force des partenariats de distribution.
  2. -        Trouver un partenaire qui accepterait de co développer le médicament tout en payant un upfront important.
  3. -        Se faire racheter au meilleur prix

 

 

Examinons ces 3 solutions en détail :


-        GENFIT peut il espérer un rebond boursier qui booste sa valorisation et lui permette de faire appel au marché sans trop de dilution et continuer seuls jusqu’à la fin de la phase 3 ?

Comme pour INTERCEPT , on peut espérer que le mouvement baissier des marchés finisse par se retourner courant 2016 mais les variations curieuses de la valeur qui se retrouve souvent bloquée dans sa hausse par des fonds vendeurs ne plaide pas pour une remontée importante de son cours que manifestement certains gros acteurs de la place ne souhaitent pas ?

Il faudrait que d’autres acteurs avec beaucoup de munitions se positionnent clairement à la hausse pour débloquer la situation. 

Toutefois une augmentation de capital hors marché reste possible avec une décote, il est clair que ce type de financement resterait un pis aller mais permettrait de negocier sans stress.

Depuis la rédaction de cet article, GENFIT a levé, hors marché, environ 50 M€ aupres d’investisseurs institutionnels américains 


 

-        GENFIT peut il espérer trouver un partenaire qui accepterait de co développer le médicament tout en payant un upfront important. 

C’est l’option la plus probable, un accord similaire à celui signé entre GALAPAGOS et GILEAD semble être la solution favorite de la direction de GENFIT .

Rappelons les termes de cet accord :

  • Le payement Upfront est important (300M$)
  • GILEAD rentre au capital de Galapagos a environ 15% pour 425 M$
  • Il y a un potentiel de payements d’étapes de 1,35 milliards de $
  • Les royalties sont  de 20% et sur des territoires spécifiques (europe).
  • GALAPAGOS a la possibilité de faire du co développement avec partage des bénéfices avec GILEAD.


Cette solution, en l’aménageant un tant soi peu, permettrait à GENFIT de trouver les fonds nécessaires pour terminer sa phase 3 sans faire appel au marché, de conserver la maitrise du développement et de partager les revenus sur l’Europe. De plus cela permettrait de créer un actionnaire de référence permettant d’ecarter les prédateurs et de calmer les spéculateurs.


-        GENFIT peut il se faire racheter par un gros laboratoire ?

C’est une solution qui n’est pas, semble-t-il, la solution poussée par la direction même si cette dernière ne l’a jamais écarté à la condition que le chèque soit conséquent.

Sur ce point il est difficile de faire des prédictions sans passer pour un illuminé,  mais si l’on se réfère à la valorisation de pointe boursière d’INTERCEPT ou au chiffre d’affaire potentiel annuel estimé se situant entre 5 et 10 milliards de $ annuel,  il semble difficile pour la direction de GENFIT  d’accepter un chèque de moins de 10 milliards de $ et la logique des dernières transactions constatées sur les blockbusters donne des chiffres bien plus conséquents… 

Cela rend d’autant plus la valorisation actuelle de GENFIT surréaliste et suspecte.

 

 

Selon moi, la stratégie la plus vraisemblable pour GENFIT est la mise en place d’un partenariat de co-développement avec des paiements d’étapes et une entrée du partenaire au capital. La solution d’une augmentation de capital reservée reste un pis aller possible pour prolonger la phase de négociation sans stress.


La plus intéressante pour un laboratoire serait un rachat de GENFIT mais le décalage entre la valeur estimable sur la base du marché potentiel et la valeur actuelle de la société rend cette opération difficile sauf à faire une OPA hostile ce qui n’est pas à exclure mais qui sans nul doute serait alors l’objet de surenchères si le prix est trop bas.


Depuis la rédaction de cet article, GENFIT a levé, hors marché, environ 50 M€ auprès d’investisseurs institutionnels américains ce qui lui donne une visibilité complémentaire d’environ un an minimum et devrait permettre de tenir sans stress jusqu’à mi 2018 date de la fin de la premiere phase de l’etude de phase III.

Comme la direction l’a annoncé, il conviendra d’avoir mis en place les réseaux de distribution avant l’AMM ce qui implique un partenariat signé mi 2018 au plus tard. Gageons donc que courant 2017 ce partenariat sera signé et qu’un payement ‘upfront’ lévera alors toutes les incertitudes de trésorerie.  




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