L’ELAFIBRANOR, LE TRAITEMENT DE REFERENCE DE LA NASH IGNORE DES INVESTISSEURS, MAIS PAS DES CHERCHEURS.



On peut parfois douter de la bonne foi des laboratoires lorsqu’ils présentent leurs résultats cliniques.

Récemment nous en avons vu des exemples frappants à la présentation des résultats de GALMED pour l’ARAMCHOL avec une communication pour le moins optimiste au vu des résultats.

Comprenons nous bien, je ne pense pas que  les résultats cliniques présentés dans la NASH puissent être pris comme des couperets, leur lecture ne peut être manichéenne car le domaine des maladies métaboliques et celui de la NASH en particulier est tout sauf noir et blanc. La complexité des mécanismes métaboliques est telle que peu de choses peuvent faire basculer un traitement du succès à l’échec et inversement.

Nous avons vu des exemples de molécules ayant rencontré un échec apparent de leur étude clinique dans la NASH et qui pourtant ont attiré un grand intérêt des chercheurs et laboratoires qui, eux, ont analysé bien plus finement les résultats et ont identifié un mécanisme d’action prometteur ou une sous population ou le médicament était très efficace.

C’est ainsi que l’on a vu l’important rachat de Tobira par Allergan malgré un échec apparent du CENICRIVIROC dans la NASH mais quelques espérances dans la fibrose.

On pourrait aussi citer le SELONSERTIB de GILEAD ou même le GR-MD-02 de GALECTIN.

 

L’ELAFIBRANOR n’est pas en reste, l’échec apparent des résultats de sa phase 2b lui colle à la peau et tiennent à l’écart de nombreux investisseurs.

Malgré l’analyse fine des résultats publiés dans la revue Gastroenterology un an après qui présente clairement l’étude comme un succès, malgré le fait que, en appliquant la nouvelle définition de la réversion de la NASH proposée par la FDA postérieurement à design de l’étude,  la phase 2b d’ELAFIBRANOR est un succès sans aucun retraitement statistique, rien n’y fait, on continue à lire 3 ans après, des articles d’analystes financiers se cantonnant à citer l’échec de la phase 2b de GENFIT.

Objectivement, on peut s’interroger sur le comportement des investisseurs et sur ce qui les amène à rester prudents sur la valeur.

Une première raison est sans doute que la majorité des analystes opérant sur le marché des Biotechs dans le monde sont nord-américains. 

Ces derniers, sauf exceptions, se cantonnent à étudier les valeurs qui sont cotées au NASDAQ, c’est pourquoi on peut lire très régulièrement des analyses du potentiel marché de la NASH nous expliquant doctement que les molécules en  tête de compétition sont celles de GILEAD, INTERCEPT , MADRIGAL, ALLERGAN et même VIKING, sans même citer GENFIT. 

Quel est l'intérêt pour un analyste financier nord américain de citer une société qui n’est pas cotée au NASDAQ ?  Impossible de sérieusement spéculer dessus car les petits porteurs américains ne vont pas s’y intéresser.

Il reste troublant toutefois de lire des analyses financières  détaillées avec une base scientifique affichée qui écartent délibérément une des molécules en pointe des études, uniquement parce que l’on ne peut pas facilement spéculer financièrement dessus.

Il y à ici une forme d’escroquerie intellectuelle qui ne semble pas choquer grand monde.

Une des images les plus parlantes de ces derniers mois est un slide extrait d’une conférence de COWEN et relayée sur Twitter. Cette présentation montre l’écart entre l’appréciation des candidats médicaments par la communauté scientifique et l’audience de la conférence qui était essentiellement  composée d’analystes financiers et d’investisseurs.   

La plus grosse divergence d’appréciation est manifestement celle sur l’ELAFIBRANOR !

 


Les quelques investisseurs institutionnels avertis avec lesquels j’ai pu échanger, reconnaissent offline ce parti pris mais ils utilisent aussi un argument qui ne m’a pas laissé indifférent car je le trouve particulièrement fallacieux au regard de la réaction des investisseurs aux dernières annonces publiées par certains laboratoires. 

Ils expriment un doute sur l’objectivité de certaines présentations institutionnelles sur l’ELAFIBRANOR en laissant entendre que la société ne mettrait en avant que les résultats positifs de la molécule en ignorant les zones d’ombre ou les résultats ambigus. 

Ils disent donc préférer attendre les résultats de phase 3 avant de se faire une opinion claire sur l’ELAFIBRANOR.

Il est manifeste que l’ensemble des laboratoires mettent en avant les point forts de leurs molécules et ne passent pas leur temps à montrer du doigt leurs zones d’ombre, c’est pour cela que pour se faire une idée claire il vaut toujours mieux aller lire les études scientifiques indépendantes que les présentations institutionnelles des laboratoires. 

Mais au regard des dernières présentations des laboratoires dans la NASH il semble fallacieux de limiter ce phénomène à la seule société GENFIT, car il y a de quoi redire sur, à peu près, toutes les présentations des laboratoires de ces derniers mois.

Certains esprits chagrins vous feront remarquer  que les études scientifiques ne sont pas vraiment indépendantes, les chercheurs étant souvent directement, ou indirectement, payés par les laboratoires et prennent rarement des positions lapidaires sur les molécules étudiées, de plus, les laboratoires ne citent généralement que les études ‘indépendantes’ qui leur profitent, et c’est de bonne guerre.

Mais voilà, il existe une manière d’éviter ces biais pour se faire une opinion réaliste sur les effets d’un candidat médicament, c’est d’examiner avec attention les études comparatives publiées par les laboratoires concurrents ou celles explorant un autre objectif !

On ne peut suspecter ces derniers de vouloir mettre en avant les avantages d’une molécule concurrente, ces études permettent donc d’avoir une vision non biaisée des véritables résultats sans le prisme déformant de la sélection du laboratoire promoteur d’une molécule.

Les premiers enseignements de l’analyse des études comparatives sont sans conteste le choix des autres molécules retenues par le laboratoire voulant comparer ses résultats  avec la potentielle concurrence. Ils ne font pas ces études pour faire plaisir à des analystes financiers en piochant dans un panel déformé par des considérations de marché, mais, pour que leur analyse soit  considérée comme pertinente, ils doivent de se comparer avec les molécules considérées comme les références de traitement dans la communauté scientifique.

C’est sur ce point que l’on constate le plus grand écart entre les spécialistes scientifiques et les analystes financiers et investisseurs, à titre d’exemple, l’ ELAFIBRANOR est considéré comme un des traitements de référence (quand ce n’est pas l‘unique) dans quasi toutes les études comparatives présentées par les laboratoires et il est pourtant quasiment ignorée dans les analyses comparatives des investisseurs.

Le second enseignement que l’on peut retirer de ces analyses comparatives (souvent précliniques) effectuées par les laboratoires concurrents, est bien évidemment la présentation non biaisée des résultats présentés.

En restant dans la logique évoquée précédemment on peut éventuellement rester prudent sur le choix des résultats présentés par un laboratoire sur sa propre molécule, mais on ne voit pas vraiment quel serait son intérêt de mettre en valeur les résultats d’un concurrent, ce serait plutot l’inverse.

Et sur ce point les analyses comparatives présentent des résultats très éloignés du ressentiment des investisseurs. 

Je vais prendre comme exemple les résultats de deux études récemment présentés sur des posters dans de grands congrès sur la NASH.

La première présentation est intéressante car elle n’émane pas d’un laboratoire proposant une molécule contre la NASH mais d’un laboratoire (GUBRA)  proposant une variété de souris destinée aux études précliniques et dont le comportement métabolique est proche de l’humain sur cette pathologie. 

Elle est tirée d’une étude publiée en janvier 2018 

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29375204

Pour valider leur modèle murin ils ont commencé par effectuer un benchmark (comparaison) sur les molécules qui semblaient consensuelles auprès de la communauté scientifique pour le traitement de la NASH. 

Rappelons que leur objectif est avant tout de convaincre des scientifiques d’utiliser leurs souris pour leurs études cliniques, l’avis des investisseurs n’a pas d’intérêt pour eux dans cette démonstration. 

Les trois molécules retenues dans l’étude  sont : l’OCA , l’ ELAFIBRANOR et le LIRAGLUTIDE


 

Ils ont donc effectués des tests en comparant les résultats sur des bras d’etudes clinique de 10 souris chacun leur objectif n'avait pas pour but de démontrer l’efficacité d‘un traitement par rapport à un autre mais de démontrer la validité de leur modèle murin et d’identifier la molécule la plus à même d’être représentative d’un traitement efficace.

Examinons les premiers résultats sur la perte de poids !


Que constate t’on ? 

l’ELAFIBRANOR est de loin le plus efficace !


Examinons maintenant la baisse de l’indice de NAS Score


 Encore une fois l’ELAFIBRANOR est le seul à faire baisser le score NAS de l’ensemble de sa cohorte !

Ils poursuivent donc logiquement leur analyse en conduisant une étude plus avancée sur leur souris et cette fois en ne retenant plus qu’un seul médicament actif qu’ils jugent être le traitement de référence, l’ELAFIBRANOR ! comparé à un régime hypocalorique sensé annuler les effets métaboliques de la NASH .


 


 

Et les résultats sont encore frappants, l’ELAFIBRANOR est de loin le plus efficace, en particulier sur un facteur reconnu comme essentiel dans la NASH, le ballooning!

Je cite cette étude comme exemple car elle est récente et son contexte écarte toute volonté éventuelle de mettre en valeur telle ou telle molécule. Il s’agit d’une étude préclinique factuelle, indépendante des pressions des laboratoires.


La seconde étude que je présente ici est un poster de la société POXEL qui développe un composé contre la NASH , le PXL770.

L’étude comparative est effectuée sur 4 bras :

·      Un modèle véhicule (sans traitement), 

·      Deux doses différentes  de PLX770

·      L’ELAFIBRANOR

 

Et bien si l’on examine la partie concernant la NASH, encore une fois, la concurrence ne peut que reconnaître sur ses propres posters la prééminence de l’ELAFIBRANOR.


voir ici l’integralité du poster

 l’ELAFIBRANOR est :

1er sur la baisses des triglycérides

1er sur la baisse du NAS score

Et la photo de la biopsie est plus que parlante, il y a quasiment une réversion totale de la NASH avec l’ELAFIBRANOR, on dirait presque la photo de la biopsie de la souris sans NASH



 

Rappelons encore une fois que ce poster a été présenté par POXEL et que GENFIT n’a pas eu la possibilité d’enjoliver ses propres résultats.

Les Analystes financiers qui se targuent de savoir lire entre les lignes de la communication des laboratoires devraient prendre le temps de s’inspirer de cette méthode  pour se construire une opinion objective.

Ils peuvent continuer d’ignorer un des traitements potentiels de référence de la NASH mais la communauté scientifique n’est pas en phase avec eux et ce grand écart avec la réalité finira par les rattraper.

 

Géry DIVRY

Il va se soi que, n’étant ni médecin ni biologiste, mon point de vue n’est que celui d’un amateur éclairé , il faut donc le prendre pour ce qu’il est, un point de vue contestable



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